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Le football et la critique facile

Crédit photo : SIPA

La qualification rocambolesque des Bleus pour le prochain Mondial aura encore fait valser les émotions. L’occasion d’évoquer le football professionnel et les critiques qu’il cristallise auprès des fans, amateurs et éloignés de ce sport. S’il y a des tares à pointer du doigt, certains jugements manquent de nuances et de connaissances.

Comme dans toute chose de la vie, le football n’est ni noir, ni blanc. Le manichéisme et la critique, deux tendances assez bien ancrées chez les Français, s’abattent de plein fouet sur ce sport. Les sommes pharaoniques qui s’y baladent sont pour beaucoup responsables de ce phénomène. L’énorme médiatisation, aussi.

L’argent, cet ennemi

Les arguments contre les salaires des joueurs et les sommes des transferts peuvent, a priori, se comprendre. Si l’on vulgarise, « taper dans un ballon » semble un effort intellectuel relativement faible comparé aux millions d’euros que touchent certains chaque année. Sauf qu’un club, comme toute entreprise, reverse logiquement ses bénéfices à ses acteurs (pas toujours de façon équitable par rapport aux performances, certes). Cette logique est peu contestable, malgré les différentiels indigestes avec d'autres métiers. Un des problèmes de cette observation est que le football rapporte énormément d’argent aux États (fiscalité) et est un apport considérable pour l’économie mondiale. Néanmoins, les jugements émis contre les footballeurs prennent de la consistance lorsqu’on observe le comportement de certains. Ces attaques se justifient en partie.

Peut mieux faire

Bien que les émoluments de beaucoup de joueurs soient normaux d’un point de vue économique, il est aussi normal que les exigences grandissent de la part du public. On attend, de ceux à la place desquels on aimerait être, l’exemplarité. Sur le terrain, c’est légitime. L’individualisme, le manque d’efforts et de respect de beaucoup de joueurs sont néfastes pour le football. Comment un supporter peut accepter le manque d'envie de certains joueurs alors qu'il sacrifie son salaire pour les voir et, indirectement, les payer ? Le professionnalisme exige un investissement important, en dehors des états d’âme, sans nécessiter la perfection non plus. Mais là encore, des éléments expliquent ces défauts.

Dans le dur dès l’enfance

Les jeunes joueurs de football prometteurs sont de plus en plus tôt arrachés à leurs familles, séduites par les sommes proposées. Plusieurs jeunes « pépites » sont désormais recrutées avant la fête de leur première décennie. Les centres de formation accueillent des jeunes plus âgés qui murissent plus vite que les autres adolescents mais pas forcément de la bonne manière. Un phénomène d’autant plus fort lorsque ces jeunes viennent de milieux sociaux difficiles et que la pression familiale pour réussir s’intensifie. Loin des siens, beaucoup durcissent leur caractère en terminant leur éducation entre eux, parfois dans la rivalité pour être celui choisi par un club professionnel. Sans compter que pour ceux qui échouent, c’est parfois le début d’un chemin de croix, sans études et sans diplômes alors que l’âge adulte approche. Évidemment, d’autres sports ont des systèmes de formation durs, le tennis notamment mais ceux-ci sont globalement mieux construits, davantage en faveur du petit sportif. Par-dessus tout, le faible coût que nécessite la pratique du football rapproche de ce sport les enfants peu gâtés, donc ceux qui ont besoin de caractère et qui ont du mal à encaisser les sommes qu’on leur verse plus tard. Et tout ce qui va avec.

Hors de contrôle

À l’image de tous les secteurs où les finances sont importantes, le football est devenu une ruche d’acteurs plus ou moins bien attentionnés mais dans tous les cas sans pitié. Les agents de joueurs, les présidents de club et les directeurs sportifs, ou mêmes les médecins sont dans l’obligation d’être performants et mènent donc leur barque en conséquence. Tout un système en faveur de l’économie plutôt que les joueurs. Ce sont pourtant eux qui font rêver les foules et offrent du bonheur à des millions, voire des milliards d’admirateurs dans le monde. Les médias, qui laissent de moins en moins d’espace aux joueurs en dehors du terrain, renforcent la pression qu'ils subissent. Leur vie privée est autant épiée que leurs performances et comportements sur la pelouse, alors que leur « travail » s’arrête au-delà du sportif. Donner la bonne image est un supplément mais on ne peut l’exiger. Bien sûr, on pourrait diviser par deux les prix des billets pour les spectateurs et diviser par deux les salaires des joueurs du monde entier. Mais cela ne changerait pas grand-chose à leurs attitudes, qui découlent souvent de leur évolution dans ce sport. Enfin, assumer les attentes de millions de spectateurs et supporters est une mission difficile à imaginer devant son canapé. En attendant, les joueurs de football continuent d’apporter des moments de joie extraordinaires malgré des déceptions tout aussi intenses. Ils rythment la vie des fans. On peut ne pas le comprendre quand ce sport ne nous touche pas mais il est important de le juger avec du recul. De la tolérance.

B. Paquelier

Tag(s) : #Critique

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